Face aux frappes américaines et israéliennes contre l’Iran, l’Europe reste divisée et peine à réagir, tandis que la Russie profite de la crise énergétique et géopolitique au Moyen-Orient.
Les frappes menées cette semaine par les États-Unis et Israël contre l’Iran ont plongé le Moyen-Orient dans une nouvelle escalade, tandis que l’Union européenne peine à adopter une position commune. Pour Pierre Vimont, ancien ambassadeur de France aux États-Unis et chercheur associé à Carnegie Europe, les divergences entre les 27 États membres ralentissent toute réaction.
« Les États membres n’ont pas toujours les mêmes positions. Cela prend du temps pour se mettre d’accord et encore plus pour agir », souligne-t-il, appelant à une Europe « plus active et plus agile » sur le plan diplomatique.L’escalade militaire a provoqué un choc immédiat sur les marchés énergétiques. Le blocage du détroit d’Ormuz, passage pour près d’un tiers du pétrole mondial, a fait bondir le prix du Brent au-dessus de 100 dollars le baril.
L’Agence internationale de l’énergie a réagi en libérant environ 400 millions de barils issus des réserves stratégiques de ses 32 pays membres, une mesure jugée efficace mais temporaire.
Dans ce contexte, la Russie tire un avantage indirect mais important. Les sanctions américaines sur le pétrole russe ayant été suspendues, Moscou bénéficie de prix élevés et d’une demande soutenue. Antonio Costa, président du Conseil européen, a même estimé que la Russie est pour l’instant le « seul gagnant » de la crise au Moyen-Orient, sa position sur le marché énergétique mondial s’étant renforcée.
Dépendance au fossile
La flambée des hydrocarbures illustre la dépendance persistante de l’Europe aux énergies fossiles. Lors du deuxième sommet sur le nucléaire civil à Paris, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a qualifié d’« erreur stratégique » la réduction du nucléaire dans le mix énergétique.
Si la France plaide depuis longtemps en faveur d’un recours renforcé au nucléaire, l’Allemagne, qui a fermé ses dernières centrales en 2023, refuse toute relance.
Par ailleurs, le conflit au Moyen-Orient détourne l’attention de la guerre en Ukraine, pourtant cruciale pour la sécurité européenne. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky se dit frustré, tandis qu’un prêt européen de 90 milliards d’euros destiné à Kiev reste bloqué par la Hongrie. Selon Pierre Vimont, l’Union européenne doit rester mobilisée sur ce front pour ne pas laisser Moscou tirer avantage de la situation.