Plus de 170 ans après l’abolition de l’esclavage, l’Assemblée nationale française a adopté à l’unanimité l’abrogation du « Code noir » et des textes qui encadraient l’esclavage dans les colonies. Un vote hautement symbolique, salué comme un acte de mémoire, mais qui ne suffit pas à refermer les plaies du passé.
Portée par le député guadeloupéen Max Mathiasin, la proposition de loi a recueilli les voix des 254 députés présents. Elle vise à supprimer formellement de l’ordre juridique ces édits des XVIIe et XVIIIe siècles, qui réduisaient les personnes esclavagisées à l’état de « biens meubles » et légitimaient des châtiments d’une extrême violence.
« Poser un acte de mémoire, de justice et de reconnaissance » : c’est ainsi que le rapporteur a défendu ce texte, adopté 25 ans après la loi Taubira reconnaissant l’esclavage comme crime contre l’humanité. Dans l’hémicycle, l’émotion était palpable, plusieurs députés évoquant des histoires familiales marquées par l’héritage de l’esclavage.
Le gouvernement a lui aussi soutenu une mesure visant à « sortir de notre droit un texte indigne », bien que dépourvu d’effet juridique depuis longtemps. Pour beaucoup, il s’agissait avant tout de corriger une anomalie symbolique.
Des blessures toujours ouvertes
Mais derrière l’unanimité affichée, le débat a rapidement mis en lumière des fractures persistantes. Plusieurs élus d’Outre-mer ont rappelé que les inégalités économiques, sociales et raciales restent profondément ancrées, interrogeant la portée réelle de cette abrogation.
La question des réparations, bien que largement évoquée, n’a pas été intégrée au texte. Certains parlementaires ont souligné que les anciens propriétaires d’esclaves avaient été indemnisés, contrairement aux victimes. D’autres ont mis en garde contre une lecture jugée « culpabilisante » de l’histoire.
Un amendement adopté prévoit toutefois un rapport sur les conséquences du droit colonial et la place de cette mémoire dans la société française.
Si ce vote marque une avancée symbolique importante, il rappelle aussi que la reconnaissance du passé ne suffit pas à elle seule à apaiser les héritages d’une histoire encore vive.Le texte doit désormais poursuivre son parcours législatif au Sénat