Après la finale agitée de la CAN 2025, la CAF a confirmé le sacre du Sénégal et sanctionné plusieurs acteurs du match. Reste que le rejet du recours marocain, sans clarification sur le fond du litige, alimente le débat sur la cohérence disciplinaire de l’instance africaine.
En rejetant le recours du Maroc tout en sanctionnant lourdement plusieurs acteurs de la finale de la CAN 2025, la Confédération africaine de football (CAF) pensait solder un dossier explosif. Mais sa décision, rendue dans la nuit du 28 au 29 janvier, met surtout en lumière une gestion disciplinaire jugée incohérente, avec des frustrations de part et d’autre.
Sur le plan sportif, la CAF a fait un choix clair : le Sénégal reste champion d’Afrique. Le recours marocain, qui espérait une requalification du résultat après les incidents survenus lors de la finale à Rabat, a été rejeté. Ce maintien du score final a été perçu à Dakar comme un soulagement, tant la crainte d’une victoire marocaine sur tapis vert avait gagné les esprits.
Pour autant, l’instance continentale a assorti cette confirmation de sanctions sévères. Le sélectionneur sénégalais Pape Thiaw a été suspendu cinq matchs et condamné à une amende de 100 000 dollars pour « comportement antisportif » et « atteinte à l’image du football ».
Les joueurs Iliman Ndiaye et Ismaïla Sarr ont également écopé de deux matchs de suspension pour leur attitude envers l’arbitre.Un verdict en deux temps, qui semble chercher un équilibre entre fermeté et préservation du résultat, mais qui laisse planer un flou sur la hiérarchie des fautes réellement reprochées.
Au Sénégal, un soulagement teinté de malaise
La presse sénégalaise accueille la décision avec une satisfaction prudente. Le titre est sauvé, et la sanction de Pape Thiaw, limitée aux compétitions africaines, ne compromet pas la préparation de la Coupe du monde 2026. Plusieurs commentateurs reconnaissent que le Sénégal s’en sort relativement bien.Mais ce soulagement n’efface pas les critiques.
Les sanctions sont jugées excessives par certains responsables médiatiques, qui dénoncent une CAF cherchant à afficher son autorité a posteriori, après avoir perdu le contrôle de la situation lors de la finale. Le sentiment domine que l’instance sanctionne des individus sans assumer clairement ses propres responsabilités dans la gestion de la crise.
Côté marocain, la décision est perçue comme profondément injuste. La presse dénonce une lecture « accommodante » du règlement, estimant que la CAF a évité le cœur du litige : la sortie des joueurs sénégalais du terrain et le refus de reprendre immédiatement le jeu.
Pour de nombreux analystes marocains, cet épisode constituait l’élément central du chaos et aurait dû conduire à une qualification claire des faits, voire à l’application des sanctions les plus lourdes prévues par les textes. Or, la CAF a préféré sanctionner des « comportements antisportifs » sans jamais trancher explicitement sur la notion d’abandon ou d’interruption volontaire du match.
Une justice disciplinaire à géométrie variable
Au-delà du cas Sénégal–Maroc, cette affaire révèle les limites structurelles de la gouvernance disciplinaire de la CAF. En cherchant à éviter un précédent qui fragiliserait la compétition, l’instance semble avoir privilégié la stabilité institutionnelle au détriment de la clarté réglementaire.
Le verdict donne ainsi l’image d’une justice prudente, voire politique, plus soucieuse de contenir les conséquences que d’établir une jurisprudence cohérente. Une stratégie qui permet de préserver le sacre du Sénégal, mais qui fragilise la crédibilité de la CAF, accusée d’incohérence et de manque de transparence.
Loin de refermer le dossier, la décision de la CAF prolonge la fracture. Au Sénégal, le titre est confirmé mais accompagné d’un sentiment d’injustice disciplinaire. Au Maroc, l’amertume demeure face à un verdict jugé incomplet. Pour le football africain, cette finale de la CAN 2025 restera comme un révélateur des tensions entre règlement, politique et gestion de crise..