À Bamako, un drame passé presque sous silence. Dans la nuit du 5 au 6 novembre, un mercenaire russe du groupe Africa Corps a ouvert le feu sur le gérant libanais d’un bar du quartier Badalabougou, l’un des plus fréquentés de la capitale malienne.
Le patron, grièvement blessé à la tête, est décédé quelques heures plus tard à l’hôpital.Plus d’une semaine après les faits, aucune arrestation ni poursuite judiciaire n’a été engagée.
Selon plusieurs témoins cités par la presse locale, le militaire russe avait passé la soirée dans l’établissement, en compagnie d’autres membres d’Africa Corps.Vers 3 heures du matin, le patron du bar aurait simplement demandé aux clients de quitter les lieux pour la fermeture.Une demande qui aurait déclenché la colère du mercenaire.
« Il a sorti son arme et tiré trois fois à bout portant », raconte un membre de la protection civile sous couvert d’anonymat.« Quand nous sommes arrivés, la victime perdait beaucoup de sang », ajoute-t-il.
Transporté d’urgence à l’hôpital, le Libanais est mort le lendemain matin, malgré une tentative d’extraction des balles logées dans son crâne, selon une source médicale.
Une impunité qui interroge
Depuis le drame, aucune enquête officielle n’a été ouverte, selon plusieurs sources concordantes.
Le tireur, identifié comme membre d’Africa Corps une formation paramilitaire russe opérant aux côtés de l’armée malienne n’a pas été inquiété.
Un silence glaçant qui illustre, pour de nombreux observateurs, le sentiment d’impunité totale dont bénéficient ces combattants étrangers.« Les autorités maliennes ne veulent pas de vagues avec leurs alliés russes », estime un diplomate africain basé à Bamako.
Depuis la rupture avec la France en 2022, la junte malienne s’est rapprochée de Moscou, confiant à ses partenaires russes la formation et la sécurisation du territoire. Le groupe Wagner, aujourd’hui remplacé par Africa Corps, est accusé par plusieurs ONG de violations des droits humains dans le centre et le nord du Mali.
Malgré ces accusations, la coopération militaire se poursuit et s’étend.Ce nouvel épisode sanglant à Bamako risque pourtant de raviver les critiques sur la présence russe au Mali, où les paramilitaires semblent opérer au-dessus des lois.