Près de trois ans après la rupture provoquée par le coup d’État de juillet 2023 à Niamey, le Bénin et le Niger semblent engagés dans un processus de normalisation aussi prudent que stratégique.
Les discussions en cours à Cotonou entre experts des deux pays illustrent une volonté commune de dépasser une crise aux multiples ramifications sécuritaires, diplomatiques et économiques.
La rencontre du 2 juin entre le président béninois Romuald Wadagni et le chef de la junte nigérienne, le général Abdourahamane Tiani en a été le déclencheur. Elle a permis de rétablir un canal de dialogue politique direct, jusque-là gelé par des mois de tensions alimentées par des accusations de déstabilisation et un climat de méfiance réciproque.
Mais au-delà du symbole, les négociations actuelles traduisent des intérêts convergents. Sur le plan sécuritaire, les deux pays font face à une menace jihadiste persistante dans la région, qui rend indispensable une coordination renforcée. Sur le plan économique, la fermeture de la frontière a lourdement affecté les échanges commerciaux, en particulier pour le Niger, pays enclavé dépendant des ports béninois pour ses importations.
Les travaux des trois groupes (sécurité, diplomatie, économie) montrent que les discussions ne se limitent pas à une simple réouverture de la frontière, mais visent un cadre plus large de coopération. Toutefois, la prudence reste de mise.
Plusieurs sources évoquent encore des « mesures de confiance » à finaliser, signe que les divergences de fond ne sont pas totalement dissipées.
En filigrane, cette reprise du dialogue illustre aussi les recompositions en cours en Afrique de l’Ouest, où les logiques de souveraineté, de sécurité et d’interdépendance économique obligent les États à réinventer leurs relations, malgré des désaccords persistants.